
Pour améliorer la rentabilité dans le secteur de la construction, nous prônons un travail basé sur davantage de collaboration
Anciennement CSTC (Centre scientifique et technique de la construction), Buildwise a fait peau neuve en 2022 pour devenir Buildwise, le centre d’innovation du secteur de la construction belge. Un changement d’appellation qui accompagne un repositionnement stratégique davantage axé sur l’innovation. Nous avons rencontré Olivier Vandooren, son CEO, pour évoquer avec lui l’époque particulière que vit le secteur.
Olivier Vandooren, comment qualifieriez-vous la période que traverse aujourd’hui la construction ?
Le secteur vit un momentum à la fois magique et rempli de défis. C’est une époque charnière qui s’accompagne de vraies opportunités de transformations tant pour la construction que pour la rénovation. Ces deux pans importants sont confrontés à des enjeux sociétaux majeurs, comme par exemple le Green Deal européen qui oblige à construire et à rénover plus « vert », et l’accessibilité au logement, un défi auquel se trouvent confrontés tous les jeunes.
Les défis sont énormes pour le secteur au premier rang desquels on trouve la digitalisation qui est en marche depuis plusieurs années maintenant. Les acteurs de la construction sont-ils enfin prêts pour relever le défi ?
La « quatrième révolution industrielle » est en marche. Les outils existent et les technologies digitales sont mûres. Je pense aux drones, à la fibre optique, aux caméras 360°, à l’impression 3D ou encore aux scanners. Elles permettent d’optimiser les processus de construction et de rénovation et d’envisager des solutions industrielles qui réduiront fortement les coûts mais aussi les déchets. On a les outils pour accompagner le changement, on sait ce qu’on doit faire, le moment est venu de s’y mettre et il faut le faire ensemble. Le rôle de Buildwise est d’accompagner nos clients (NDLR quelque 120.000 entreprise de construction en Belgique) pour qu’ils cessent de travailler seuls dans leur coin.
Olivier Vandooren: "Le plus dur est de casser l’inertie du secteur. Notre rôle est de nous connecter aux réalités de chaque métier pour guider les entreprises dans ce qu’elles font afin d’obtenir le meilleur retour sur investissement possible."
Votre slogan est à ce sujet évocateur : « Seul on va plus vite mais ensemble on va plus loin »…
Nous voulons casser la linéarité et la fragmentation dans lesquelles se trouve plongé le secteur qui sont des freins à l’activité et à la rentabilité. Le plus dur est de casser l’inertie du secteur. Notre rôle est de nous connecter aux réalités de chaque métier pour guider les entreprises dans ce qu’elles font afin d’obtenir le meilleur retour sur investissement possible. Nous avons mené diverses études. Elles montrent que la rentabilité dans les entreprises n’est aujourd’hui que de 15 à 20%. Pour améliorer cela, nous prônons un travail basé sur davantage de collaboration et sur une approche plus systémique. Il faut amener un état d’esprit collaboratif dans le secteur.
Vous semblez vouloir stimuler l’offre mais la demande suivra-t-elle ? On connaît les problèmes actuels du secteur : offre de logements neufs en berne, hausse des taux hypothécaires et des prix des matériaux, manque de main-d’œuvre, lenteur dans la délivrance des permis…
La pénurie de main d’œuvre est un vrai problème. Buildwise aide Embuild (NDLR : la confédération de la construction) à véhiculer une image plus moderne de la construction auprès des plus jeunes à travers un travail de fond effectué dans les écoles. Construire un bâtiment, ce n’est plus uniquement soulever des brouettes par tous les temps. Nous commençons à percevoir des résultats avec davantage de jeunes qui commencent à s’intéresser aux nouveaux métiers de la construction.
Et la demande ?
Nous avons notre part de travail à effectuer mais c’est aussi au gouvernement à favoriser les enjeux du secteur qui sont structurels et fondamentaux à moyen et à long terme.
Comment doit-il s’y prendre ?
Je ne veux pas entrer ici dans un débat politique mais je constate que l’abaissement de la TVA d’abord à 9%, puis à 6%, dans le domaine de la rénovation a permis à celle-ci de connaître une période faste. Cela a permis aussi de réduire fortement le travail au noir…
Abaisser la TVA sur la construction, notamment dans l’immobilier neuf, est un point par ailleurs largement débattu. Il y en a d’autres ?
Il faut mener des politiques qui réduisent les contraintes administratives. Les permis de construire doivent être obtenus plus rapidement pour gagner du temps et de l’argent. Il faut également cesser de favoriser des approches qui ne se basent que sur le prix. Plutôt que d’opter systématiquement pour l’offre la moins chère, choisissons celle qui est la mieux pensée sur le long terme et qui privilégie la performance pour l’utilisateur final.